dimanche 16 octobre 2016

Utilisation de la circulation de l’énergie dans le Qi Gong

 Une fois que l’adepte du Qi Gong peut ressentir l’énergie dans le corps, il peut la guider dans tout le corps On va utiliser la concentration pour augmenter ou disperser l’énergie dans le corps.
Le Qi possède différentes caractéristiques dont l’une des plus fondamentales est le mouvement. Selon les anciens, le Qi est en activité et en mouvement constants.
Le Qi Gong favorise la circulation de l’énergie dans notre corps pour équilibrer les deux aspects du Yin et du Yang :
ð  l’énergie Yang, qui monte et qui va de l’intérieur vers l’extérieur, qui met en mouvement et réchauffe.
ð  l’énergie yin qui descend et qui va de l’extérieur vers l’intérieur, qui nourrit.
Comme le souligne Zhang Jie Bin[i] dans le Jing Yue Quan Shu (Œuvre complète de Jing Yue), la montée est due au Yang Qi alors que la descente est due au Yin Qi : « Le Yang gouverne le mouvement, le Yin gouverne le repos, le Yang gouverne la montée, le Yin gouverne la descente [ii]. »
On ramène les mouvements énergétiques issus de la confrontation entre le yin et le yang à deux couples fondamentaux qui sont à la base de la physiologie de l’organisme : la montée/descente et l’entrée/sortie.
Dès l’origine de la médecine chinoise le Huang Di Nei Jing (黄帝内经) Su Wen (chap. 68) a souligné l’importance capitale de ces quatre dynamismes sans lesquels il ne pourrait pas y avoir de vie : « Sans sortie et entrée, alors il n’y a pas de naissance, de développement, de vigueur, de vieillesse ou de fin ; sans montée et descente, alors il n’y a pas de naissance, de développement, de transformation, de récolte et de mise en réserve. ». « Pas d’être (vivant) sans la montée, la descente, la sortie et l’entrée », Huang Di Nei Jing Su Wen, (chapitre 68).
Pour évoquer les différents mouvements du Qi et leurs rôles au niveau de la physiologie nous parlons aussi de « mécanisme » du Qi (Qi Ji) et c’est ce que nous allons développer ici.

a.        Utilisation des 4 grands mouvements de l’énergie (qi) dans le Qi Gong

La plupart des méthodes du Qi Gong utilisent ces 4 grands mouvements de l’énergie: monter, descendre, entrer, sortir.
Sur le plan général, ces 4 grands mouvements de base vont régulariser tout notre fonctionnement énergétique, équilibrant le haut et le bas, l’intérieur et la périphérie du corps. Ils vont également aider nos principaux organes, rattachés aux méridiens qui portent leurs noms, à mieux fonctionner en les aidant à éliminer les toxines et les stagnations et en y amenant l’énergie dont ils ont besoin.
Direction des mouvements du Qi
La montée (Sheng) :
Est un mouvement vertical du bas vers le haut. L’énergie yin monte en nourrissant le corps Lorsque la posture de montée est combinée à l’inspiration, elle élève le Qi. Habituellement le mouvement ascendant, y compris les exercices statiques dans les postures hautes, n’est pas associé à la concentration du mental sur la partie supérieure du tronc pour ne pas faire monter exagérément le Qi, ni entraîner de résultats contraires. La même chose est vraie des postures d’ouverture et de fermeture.
Les mouvements pour faire monter l’énergie vont suivre les trajets des méridiens Yin des pieds, situés sur les faces interne et antérieure des membres inférieurs et du tronc, méridiens des reins, du foie et de la rate. Ces mouvements vont ainsi favoriser le rôle nourricier de l’énergie pour l’ensemble du corps, apaiser les tensions et favoriser un bon sommeil.
La descente (Jiang)
Est un mouvement vertical du haut vers le bas. Les postures descendantes associée à l’expiration conduisent le Qi vers le bas. L’énergie yang descend en réchauffant et en animant. Les mouvements descendants vont également favoriser l’équilibre du Yin et du Yang dans l’ensemble du corps. . Si l’esprit est concentré sur la partie inférieure du tronc ou si l’esprit guide le Qi, la descente du Qi est plus puissante.
Les mouvements qui font descendre le Yang vers le bas vont utiliser le sens des méridiens Yang des pieds, situés principalement sur les faces postérieures et latérales du corps, comme les méridiens de la vessie, de la vésicule biliaire et de l’estomac.
Le mouvement de descente du Yang permet de détendre le haut du corps, souvent siège de tensions dans la région du cou et des épaules, et de renforcer les membres inférieurs et la stabilité sur les jambes en y amenant de l’énergie.
S’il y a un excès de la montée de Qi par rapport à la descente, on aura des toux, hoquets, vomissements.
S’il y a un excès de la descente par rapport à la montée, on aura des diarrhées, ptoses, et prolapsus.
Si dans l’exercice, la posture et le mouvement du Qi sont tantôt à l’unisson, tantôt opèrent dans des directions opposées, ils se renforcent mutuellement tout en se restreignant simultanément l’un l’autre.
La posture de montée est parfois combinée avec l’expiration pour conduire le Qi vers le bas et éviter qu’il ne monte trop haut. Pour restreindre l’ascension du Qi, le mental est souvent centré sur les parties centrale ou inférieure du tronc. Par exemple, lorsqu’on monte les bras, le Qi s’élève ; si le tronc monte aussi, le pouvoir ascensionnel du Qi s’accroît en un processus de renforcement mutuel. Mais si on lève les bras, tout en baissant simultanément le tronc par abaissement des fesses et fléchissement  des genoux, le mouvement de montée contient un mouvement restrictif de descente. On évite ainsi un mouvement d’ascension du Qi sans restriction ;
Inversement si le mouvement descendant est restreint par un mouvement ascensionnel, le Qi ne descendra pas au dessous de la limite voulue, implémentant ainsi une restriction mutuelle. De ce fait les mouvements de montée et de descente dépendent l’un et l’autre du mouvement opposée pour se restreindre mutuellement, tout comme c’est aussi vrai des mouvements d’ouverture et de fermeture.
Le mouvement du Qi comprend aussi l’ouverture et la fermeture.

La sortie (Chu)
Est un mouvement de l’intérieur du corps vers l’extérieur du corps. Les énergies usées sont évacuées et purifient le corps.
Le mouvement d’ouverture produit une expansion de l’intérieur vers l’extérieur tout comme il caractérise aussi toutes les postures dynamiques. Les postures statiques sont habituellement basées sur un pas large, pieds écartés. Les postures d’ouverture conduisent le Qi vers l’extérieur.
Les mouvements pour faire sortir l’énergie vont principalement utiliser les trajets des méridiens Yin des mains, les méridiens du poumon, du maître du cœur et du cœur.
L’entrée (Ru):
Est un mouvement de l’extérieur du corps vers l’intérieur du corps. L’énergie entre dans le corps pour le nourrir et l’informer.
Les mouvements pour faire entrer l’énergie vers l’intérieur vont utiliser principalement les trajets des méridiens yang des mains, les méridiens de l’intestin grêle, du triple réchauffeur et du gros intestin, également situés sur les faces externes et postérieures des bras.
Ces mouvements permettent de capter l’énergie extérieure et de l’amener à l’intérieur du corps et favoriser ainsi l’apport d’énergie nouvelle dans le corps. Le mouvement de retrait et les postures statiques fermantes assumant une position plus haute. De telles postures peuvent concentrer le Qi.
Si la sortie du Qi est excessive dans les articulations, l’articulation est rigide et douloureuse et les mouvements d’extension sont difficiles. Si l’entrée du Qi est excessive, l’articulation est faible et sensible et les mouvements d’adduction sont difficiles (Maciocia, p. 87)
Une entrée excessive du Qi entrainera des blocages et stagnation du Qi avec ou sans douleurs aux hypocondres. Une entrée excessive du Qi dans les tissus peut engendrer une accumulation de graisse et d’obésité, des ballonnements, des rétentions d’eau et une sortie excessive du Qi peut provoquer une perte de poids.
Si la sortie du Qi est excessive, la stagnation de Qi dans les membranes va entrainer une distension et une douleur abdominale ; si l’entrée du Qi est excessive, on peut avoir un vide et éventuellement un effondrement du qi, qui va provoquer un relâchement des membranes. Si le Qi sort de façon excessive, on a des transpirations nocturnes, des hémorragies ; si le Qi rentre dans l’os de façon excessive, on a tendance aux stases de sang.
Comme l’ouverture (sortie) disperse le Qi et que la fermeture (entrée) l’accumule et le stocke, trop d’ouverture peut entraîner le manque et trop de fermeture peut solidifier le Qi et l’empêcher de circuler. L’ouverture ne signifie pas pousser de force le Qi au dehors par la concentration mentale mais le laisser s’écouler de lui-même là où le Qi interne est en plénitude. Il s’ensuit que ramener le Qi à son origine est souvent considéré comme la base de la pratique du Qi Gong.
Au chapitre 68 des « questions simples », il est dit « ce qui descend est en relation avec le ciel ; ce qui monte est en relation avec la terre. Le Qi du ciel descend et inonde la terre ; le Qi de la rate monte et rejoint le ciel »
Le poumon contrôle les mouvements vers le bas, le rein les mouvements vers le haut.
De la même manière l’entrée est associée au Yin Qi et la sortie au Yang Qi. Un excès de yang va impliquer une montée excessive du Qi (ex : une montée yang du foie), tandis qu’un excès de yin va impliquer une descente excessive du Qi (effondrement du Qi de la rate).
Les problèmes surviennent lorsque la circulation du Qi est bloqué, ou lorsque le Qi circule en sens inverse du sens (prioritaire) dans lequel il devrait circuler et lorsque les montées-descentes et les entrées-sorties sont déséquilibrées (Maciocia, p. 62)
Zhou Xue Hai dans ses notes sur la lecture des livres de médecine écrit « les facultés de voir d’entendre, de sentir, de goûter et de penser dépendent toutes d’une montée-descente et d’une entrée –sortie correctes du Qi ; si le Qi est bloqué, ces facultés ne sont pas normales »
(Maciocia, p. 82)
Tous les mouvements de flexion, de repli, de tassement des membres et du tronc ont pour effet de faire entrer l’énergie dans le corps. Les mouvements d’extension, d’ouverture et d’épanouissement ont pour objet de faire sortir l’énergie du corps. L’adepte du Qi Gong prend une conscience de plus en plus grande de ses articulations ; Les mouvements rendent le corps plus alerte et plus tonique.
Il suffit parfois pour guérir le corps de pratiquer des étirement en levant les bras à l'inspir et les baissant à l'expir, lentement, puis plus rapidement.
La plupart des exercices de Qi qong taoïstes n’insistent pas démesurément sur les étirements ou les flexions. Le corps se meut dans ses possibilités naturelles, à peine exagérée. C’est la respiration et la concentration qui font le reste pour libérer l’énergie et déverrouiller les articulations.
Le Qi Gong a des effets anti-vieillissants et prolongateurs de vie. Autrefois on pensait que le Qi Gong était une technique de guérison et de longévité. Selon les sources historiques, Hua Tuo, fameux médecin de la période des trois royaumes (220-280) inventa l'exercice des ébats des cinq animaux (Wuqinxi) et les pratiqua longtemps. Il paraissait encore jeune alors qu'il était âgé de cent ans.
HUA T0, qui a mis au point la méthode des 5  animaux,  disait : « le corps humain a un désir naturel de travailler, d’avoir une activité ; cependant on ne doit pas le pousser à bout ; Avec un certain degré de travail, l’énergie gagnée par la nourriture ingérée peut être distribuée efficacement ; Quand le sang circule librement dans les méridiens, la maladie ne peut pas se fixer. Ainsi le corps est comme une porte montée sur ses gonds, qui lorsqu’elle est utilisée régulièrement ne rouille jamais ». autrement dit, le travail régulier est bienfaisant et il empêche de vieillir C’est pourquoi le Qi Gong convient si bien aux personnes âgées.
Cet effet antivieillissement est vérifié par les personnes âgées qui ont pratiqué le Qi Gong sur le long terme. De nombreux octogénaires et personnes de plus de 90 ans, qui pratiquent régulièrement le Qi Gong, sont vifs, dotés d'une pression sanguine normale, d'une bonne vue, de voix claires, de dents saines; elles dorment bien, marchent d'un pas ferme, endurent la chaleur et souffre rarement de maladies. Ils diffèrent grandement de ceux qui font peu d'exercice. Le Qi Gong apporte beaucoup à la gériatrie.

Dans l'antiquité le Qi Gong était considéré comme la clé de l'immortalité. Ceci cependant est impossible, car le vieillissement est une loi naturelle. Entreprendre la pratique du Qi Gong n'a pas pour but l'obtention de l'immortalité en fermant les yeux et en passant ainsi le temps, mais de gagner une vigueur physique permettant d'éviter le vieillissement prématuré de sorte qu'on reste alerte et solide et que l'on apporte ainsi plus longtemps sa contribution à l'humanité.

b.        Utilisation de la connaissance des méridiens dans le Qi Gong

Pour bien pratiquer le Qi Gong, il faut comprendre la médecine chinoise et la théorie des méridiens. Les méridiens propagent le Qi dans tout le corps : Le Qi jaillit de la mer de Qi (Qi Hai) et se disperse dans tout le corps à travers les méridiens où il circule en boucle. Tant que  la circulation du Qi dans les méridiens ne rencontre aucun obstacle,  l’adepte du Qi Gong reste en bonne santé
Le Qi Gong est basé sur les mêmes principes que l’acupuncture. Les effets énergétiques du Qi Gong sont donc comparables à une auto-acupuncture de régulation générale de l’énergie dans tout le corps, puisque le  Qi Gong est basé sur l’énergie vitale (qi) et sur les mêmes principes que l’acupuncture (Le Qi Gong, comme l’acupuncture cherche à régulariser l’énergie dans le corps, à commencer par les méridiens), on comprend mieux les résultats du gi gong sur la santé et la récupération de maladies chroniques ou aiguës, et par suite ses effets sur le ralentissement du vieillissement. 
 Du fait de la connaissance du trajet des méridiens, on saura que telle position étire le méridien de la vessie et rétracte le méridien du rein, couple de méridiens couplés à l’élément eau. Ainsi par les mouvements des bras et majeurs et index tendus  dans le tir à l’arc, on va étirer les méridiens du gros intestin et maitre du  cœur. Donc faire un exercice en connaissance de cause impliquera tout un choix  pour réussir certaines positions dans un but spécifique pour se soigner ou améliorer sa santé. 
Par la concentration, on peut ressentir la circulation de l’énergie dans le méridien et la maitriser. 
A lire l'affirmation du Docteur A. CHAMFRAULT dans son cinquième tome du " Traité de Médecine Chinoise " dans un paragraphe intitulé " Le souffle des cinq Eléments pour nourrir les cinq organes"
" Dans la notion de circulation de l'énergie en médecine taoïste, l'individu peut de lui même renforcer cette énergie circulante et traiter lui même, et sans l'intervention des aiguilles, toutes les maladies qui peuvent l'atteindre. Il semble donc que le traitement par les aiguilles d'acupuncteur ne soit réservé qu'à ceux qui n'ont pas ce pouvoir. Le Maître acupuncteur remplace donc, avec ses aiguilles, et par le jeu de la pensée, ce qu'un taoïste initié pourrait accomplir par lui-même et sans l'intervention matérielle des aiguilles ".
Il est clair que celui qui sait faire circuler son énergie n’a nul besoin d’aiguilles.

Lire aussi : Utilisation du Dao Yin de la Main dans le Mouvement thérapeutique



[i] Zhang Jie Bin alias Zhang Jing Yue (1563-1640) est l’une des grandes figures de la médecine chinoise. C’est l’un des plus célèbres commentateurs du Nei Jing et on lui doit de nombreux éclaircissements sur des sujets difficiles. Sa théorie personnelle la plus célèbre est de dire que le Yang n’est jamais en excès. Au contraire, étant à la base de la vie, il est plutôt en vide, d’où la nécessité de le renforcer
[ii] Dans le Lei Jing (Livre des classifications) Zhang Jie Bin dit aussi : « Le Yang à gauche monte, le Yin à droite descend. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire